Antifascisme : guides pratiques #2 : l’UNI et le MET, le vrai visage des syndicats étudiants de droite (V.2)


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Antifascisme : guides pratiques #2 : l'UNI et le MET, le vrai visage des syndicats étudiants de droite (V.2)

Les élections étudiantes sont arrivées. Et comme à chacune d’entre elle, L’UNI (Union Nationale Inter-universitaire) sous une forme ou une autre pointe son nez. Il est parfois difficile de déterminer ce qui constitue ce « syndicat de droite » au parcours et accointances souvent bien plus explicites que la façade bon ton qu’il cherche à se donner.
Début 2010, pour faire face à la débandade des effectifs au sein des ses troupes, l’UNI s’est refondé au sein du MET (Mouvement des Étudiants), sous la férule de l’UMP. Un ravalement de façade en somme, qui nous pousse à établir ici un petit rappel historique.

Le petit frere du SAC (Service d’Action Civique)

L’UNI s’est officiellement créé le 12 janvier 1969 dans le bureau de Debizet, patron du SAC. Elle est fondée par Jacques Rougeot (universitaire) et Jean-François Chauvel (journaliste au Figaro).
Dès le début « l’UNI n’est rien d’autre qu’une branche universitaire du SAC »1. Rappelons que le SAC est fondé en 1958 par Pierre Debizet. Nous trouvons parmi ses dirigeants Étienne Léandri (collaborateur notoire qui a porté l’uniforme de la Gestapo) ainsi que de nombreux membres de la police, de l’armée et certains mercenaires (Bob Denard par exemple).

Le SAC est une organisation politique et militaire sous les ordres des gaullistes et motivée par la lutte anticommuniste. Leurs missions étaient de faire régner la terreur chez leurs ennemis et de soutenir De Gaulle par tous les moyens. Par exemple en 68 certains membres du SAC déguisés en ambulanciers ramassèrent des manifestants pour aller les tabasser au sous sol de leur quartier général. Dans les années 70, Libération publie un plan du SAC prévoyant l’internement des gauchistes dans des stades. Ce document est attribué à Kappé, fidèle lieutenant de Charles Pasqua qui cria au complot. Les barbouzes du SAC auront de nombreux ennuis avec la justice de 68 à 81 pour « coups et blessures, port d’armes, agressions armées, proxénétisme, racket, incendie volontaire, trafic de drogue, hold up, etc.»2.
Il est dissout après la tuerie d’Auriol, en 1981 à Marseille, où un règlement de compte interne aboutit à l’assassinat du militant Massié et de toute sa famille.
L’UNI, branche universitaire du SAC, profita de son appui logistique et physique (pour les manifs, les collages, leurs ventes de revues, les opérations de force etc.). La majorité des membres de l’UNI était aussi membres du SAC.
Après la dissolution du SAC en 1982, les mêmes rapports continuèrent et continuent toujours entre l’UNI et le MIL (qui prit le relais du SAC, avec les mêmes membres et la même idéologie). Le Mouvement Initiative et Liberté est présidé par Jacques Rougeot (fondateur de l’UNI en 58) et ces deux organisations ont eu le même local pendant très longtemps.

30 ans de copinages solides a l’extreme droite

Le terrain d’existence de l’UNI est l’université mais son action est uniquement politique. Pour Rougeot (le président du comité d’honneur) il s’agit de « lutter contre la subversion marxiste particulièrement dans l’université, pour la justice, la famille et l’armée »3. Comme l’extrême-droite il proteste contre « la chienlit ou antifrance, les mouvements de libérations féminins, les fronts homos, les écologistes politisés, les alternatifs, les autonomes, les promoteurs d’immigrés, les anarchistes, en bref toute cette avant-garde de chaudpisseux et de vérolés »4.
Tout un programme…
De tout temps l’UNI a dragué sur le terrain de la droite la plus dure et compté parmi ses représentants des membres de mouvements d’extrême-droite (ce fut le cas à Brest au début des années 90, ou à Nancy, ville dans lesquels des représentant de l’UNI se trouvèrent candidats aux élections locales pour le Front National). En 1988, l’UNI Malakoff diffuse un tract montrant Mitterrand habillé en islamiste, entouré de minarets et de Corans et parlant en Arabe.5
Même le FN n’est jamais allé aussi loin…
La même année la direction de l’Université de Paris X remarque que les militants de l’UNI qui tractent sont « armés et ont quitté l’Université en entonnant des chants nazis »6.

Pour compenser son faible nombre de militants l’UNI se rapproche du GUD. Le GUD (Groupe Union Défense) est un groupuscule se réclamant du national-socialisme et majoritairement composé de skinheads néo-nazis. Il a à son actif une interminable liste d’agressions et de violences parfois très graves à caractère raciste. Ce racisme se trouve affiché sans vergogne à travers tracts, affiches et autocollants de l’organisation comme cet exemple du début des années 2000 : « Mouloud touche pas à ma race … Les françaises aux français ! ». L’UNI fit liste commune avec eux à Assas en 1979 et à Paris II pour le CROUS en 1983. Durant les années 90 le FN va infiltrer systématiquement l’UNI avant de fonder le Renouveau Étudiant. Des sections entières de l’UNI iront d’ailleurs rejoindre le (Nice, Sceaux, etc…).

Les annees 2000, la continuite dans la compromission

En 2000/2001 figuraient deux dirigeant du MNR de Bruno Mégret en tête de la liste UNI à l’Université de Strasbourg. L’UNI participa activement aux côtés des catholiques intégristes et autres réactionnaires d’extrême-droite à la lutte contre le PACS.
L’UNI en 2001 s’attaque dans un article « aux intellectuels qui préfèrent « tambouiller » un mélange aigre-doux ou épicé ou tout ne se fait que par origines, langues et convenances personnelles à grand renfort de rap et de techno »7. L’UNI s’est associée avec des mouvances d’extrême-droite très violentes pendant le conflit du CPE en 2006 pour « débloquer » certaines facs et faire une « chasse » aux grévistes dans le quartier
latin.

L’UNI aujourd’hui

En 2010, l’UNI se recompose sous la pression de l’UMP en Mouvement des Étudiants (MET). Dans les faits, rien ne change sinon le nom de l’organisation, et encore : très souvent les deux noms sont conservés et accolés, quand l’UNI ne demeure pas l’appellation officielle. En novembre 2010, une série d’actions musclées dans lesquelles l’UNI est impliquée ont été menées contre les locaux du PCF lors des « commémorations de la chute du mur de Berlin » un peu partout en France. Les alliances locales avec l’extrême droite perdurent comme à Bordeaux, où l’UNI semble avoir des contacts individuels avec les Identitaires. Enfin récemment, l’UNI de Tours, qui a pris officiellement position contre la dissolution du mouvement, a diffusé un clip officiel sur Youtube avec en fond sonore le groupe de RIF nommé In Memoriam8. Début 2011, l’UNI se lance dans le soutien à Eric Zemmour condamné pour « provocation à la discrimination raciale »9, aux cotés de tout un panel de la droite dure (la Droite Populaire de Thierry Mariani par exemple) et de l’extrême-droite, au nom de la défense de la « liberté d’expression ».
Sur son site, l’UNI met en avant son idéologie au travers des vidéos qui ne laissent pas de place au doute sur leur positionnement politique : « non au communautarisme », « soutien à Eric Zemmour par le professeur Rougeot », « Insécurité » par Bruno Beschizza (ex-flic et élu UMP) ou encore une « rencontre avec Hervé Mariton » (élu UMP ennemi du PACS). Tous les clichés de l’UMP Sarkoziste, amoureux de l’électorat du FN, sont là en guise d’accueil.10
Ce n’est donc pas un hasard si le samedi 4 février 2012, devant 300 militants de l’UNI, le ministre UMP de l’intérieur Claude Guéant lance « contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas »11 et appelle à « protéger notre civilisation ».12 Le contexte s’y prête, comme le précise cet ancien militant UNI : « L’UNI, ce sont des acharnés, des militants qui sont sur le terrain avec n’importe quel temps. Dire des propos xénophobes, ça remotive les troupes. Le soir, ils réservent un restaurant, il y a du vin rouge, ils chantent des chansons limites racistes, c’est la campagne profonde. C’est ça le contexte de ce genre de réunions. ».13

Laisser un terrain d’expression, voire la possibilité de gagner des postes décisionnaires à des organisations qui ne rêvent que de mettre l’université en pièce est inacceptable !

Laisser la droite parader dans les universités, xénophobe, violente, réactionnaire, au service d’un gouvernement pathétique et méprisant est inacceptable !!!

UNI – MET HORS DES FACS ET DES LYCEES !!!

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Notes

Ce document a été élaboré par le Collectif Antifasciste Rennais, mais une grande partie des éléments qu’il présente proviennent d’un tract du SCALP-Limoges disponible ici : http://www.scalp87.altern87.org/index.php/articles/tracts/14-le-vrai-visage-de-luni

  1. François Audigier, Histoire du S.A.C. La part d’ombre du gaullisme, Stock, Paris, 2003, p. 462. []
  2. Rapport officiel de la commission d’enquête parlementaire sur le SAC, 1981. []
  3. Jacques Rougeot, La contre-offensive, La Pensée Universelle, Paris, 1974. []
  4. Jacques Rougeot, La contre-offensive, La Pensée Universelle, Paris, 1974. []
  5. « Les alliés de Mitterrand », tract de l’UNI Nanterre, 1988. []
  6. Communiqué du Président de Paris X, 9 mars 1988. []
  7. « Lettre des étudiants alsaciens », journal de l’UNI, n°2, février/mars 2001. []
  8. Le Rock Identitaire Français (ou RIF) est un mouvement musical d’extrême-droite ayant pour vocation de diffuser les idées réactionnaires à travers un semblant de sphère culturelle. Le groupe In Memoriam fait partie de ce mouvement et à ce titre a joué à plusieurs reprise à la fête des Bleu Blanc Rouge, la fête du Front National (1996 et 1997). []
  9. Eric Zemmour a été condamné le 18 février 2011 pour des propos tenus le 6 mars 2010 sur Canal+ et France Ô. Il avait déclaré dans l’émission « Salut les terriens » : « Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait. ». Plus tard le même jour sur France Ô, il avait déclaré que les employeurs « ont le droit de refuser des Arabes ou des Noirs ». []
  10. Site internet de l’UNI, novembre 2011. []
  11. Tristan Maupoil, Guéant: « toutes les civilisations ne se valent pas », site de l’ESJ, 4 février 2012 (http://www.frequenceesj.com/politique/633-gueant-qtoutes-les-civilisations-ne-se-valent-pasq.html). []
  12. Idem. []
  13. Marine Turchi, A l’UNI: « La xénophobie, ça remotive », Médiapart, 5 février 2012 (http://www.mediapart.fr/journal/france/050212/les-reunions-de-luni-les-propos-xenophobes-ca-remotive-les-troupes). []


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